projet de recherche 

Écopoétique paysagère :

une pensée de l'écologie à l’œuvre dans les arts du paysage

Thèse de doctorat en Arts Plastiques (2014-2020),

dirigée par Patrick Barrès et Sophie Lécole Solnychkine, LARA-SEPPIA, Université Toulouse Jean-Jaurès.

Présentation

Doctorante en arts plastiques,  j'ai une formation et une activité avant tout artistique (graphisme et photographie). Je suis aussi, depuis toujours, passionnée par l'écologie. C'est un mot à la mode, qui peut faire penser au tri de nos déchets ou à des campagnes publicitaires ou politiques. Mais c'est d'abord une science, qui étudie les relations entre les êtres vivants et leur environnement. Et ce qui m'intéresse, c'est comment cette science peut modifier notre vision du monde, et faire évoluer les relations que nous établissons avec les autres êtres vivants et nos milieux de vie communs.

 

Le lien entre ma sensibilité artistique et ma sensibilité à l'écologie, je le trouve dans le paysage. Mon approche du paysage combine celles de l'artiste et de l'écologue, de l'agriculteur, du philosophe, du géographe ou du paysagiste. C'est ce croisement de différents regards qui me permet de relier l'art avec les sciences naturelles (comme l'écologie) et les sciences humaines (comme la géographie, la philosophie ou l'anthropologie). Les arts du paysages - le dessin ou la peinture, la photographie, mais aussi l'aménagement d'un lieu par un paysagiste ou la création d’œuvres in situ - me permettent d'aborder cela de manière sensible.

Deux questions résument ce projet de recherche :

- comment une pensée de l'écologie peut faire évoluer les pratiques artistiques et paysagères ?

- et comment les arts du paysage peuvent contribuer au développement et au partage de cette pensée écologique ?

Présentation des recherches en cours lors du séminaire du laboratoire DYNAFOR (Dynamiques et écologie des paysages agriforestiers, INRA - INP Toulouse), le 7 décembre 2018.

Résumé de la thèse

 

Cette thèse en art s’inscrit dans deux domaines de recherche émergents et transdisciplinaires que sont les humanités écologiques et le paysage. Elle interroge la manière dont les théories et pratiques paysagères peuvent être investies à la rencontre d’une pensée de l’écologie et d’une pratique artistique. La problématique guidant cette recherche est issue de deux questions complémentaires : comment une vision du monde écologique peut-elle nourrir des pratiques artistiques et paysagères ? Et quels rôles peuvent jouer les pratiques paysagères et artistiques dans le développement et le partage de cette pensée écologique ? Ces interrogations sont fondées sur l’hypothèse d’une nouvelle vision du monde liée à une pensée de l’écologie, reconsidérant les relations entre l’humain et ses milieux de vie et la dimension sensible de notre manière d’habiter la Terre (inspirée de la mésologie d’Augustin Berque).

 

Dans un premier temps, une réflexion approfondie est menée sur la construction d’une pensée de l’écologie, et sur les représentations qui y sont associées. Les discours ordinaires sur l’écologie sont analysés de manière critique à partir du concept de « fiction verte ». Cette première approche est complétée par une mise en relation entre l’écologie scientifique et la pensée systémique (Morin), et l’étude de l’émergence d’une pensée de l’écologie dans les domaines philosophiques et politiques, selon deux courants divergents (Naess). La construction d’une pensée de l’écologie est ensuite étudiée à travers les sciences humaines et quelques écrits précurseurs (von Humbold, Reclus, Thoreau, Leopold), afin d’y repérer des pistes de convergences transdisciplinaires, menant à la construction d’une vision du monde écologique. Sa dimension sensible est enfin abordée avec le concept d’écopoétique, à travers des études littéraires, esthétiques et géopoétiques (White), me permettant de proposer une définition large de l’écopoétique comme expérience poétique de la résonance écologique.

 

Dans un second temps, je présenterai l’expérience d’écopoétique paysagère mise en œuvre lors de la réalisation de cette thèse, qui unit mon travail de recherche et mes expérimentations artistiques. J’exposerai les particularités de ce projet de recherche-création, en explicitant les implications théoriques d’une expérience de recherche-création, ainsi que celles de la démarche de projet adoptée, dans toute sa complexité. Je détaillerai ensuite la méthode d’enquête paysagère que j’ai conçue et expérimentée sur le terrain, combinant l’expérience sensible, la documentation, la lecture de paysage et la notation paysagère. J’analyserai enfin les éco-poïétiques paysagères mises en œuvre à travers mes expérimentations artistiques, sous la forme de créations in situ (sentier paysager et installations), de créations ex situ (photographies, carnets d’artiste et exposition), et enfin d’ateliers d’écoformation par la pratique artistique (quatre ateliers avec différents publics).

 

Dans un troisième temps, j’approfondirai l’approche paysagère, en relation avec l’art et l’écologie. J’analyserai les transformations contemporaines de la notion de paysage, et ses liens avec une pensée de l’écologie, d’abord de manière théorique, puis à travers l’identification de différents modèles paysagers. Des fictions vertes paysagères seront étudiées à travers les modèles du paysage-décor, du paysage-émotion, du paysage-spectacle et du paysage-catastrophe. Des écopoétiques paysagères seront proposées à travers les modèles du paysage-système, du paysage-cosmos, du paysage-vivant et du paysage-milieu de vie. Je présenterai ensuite des exemples de ces approches écopoétiques dans des créations paysagères contemporaines. L’écoconception et l’écoperception des paysages évoluent ainsi dans les domaines du paysagisme. L’expérience directe est favorisée dans les arts du paysage in situ, quand le récit d’expérience fonde les arts du paysage ex situ. J’évoquerai enfin le rôle que l’approche paysagère peut jouer dans l’éducation à l’écologie, par le partage d’une expérience écopoétique.


Démarche de recherche-création


Ce travail est réalisé selon une démarche de recherche-création, qui s’inscrit dans la ligne identitaire spécifique du laboratoire de recherche au sein duquel est préparée cette thèse, le LARA-SEPPIA. L’activité de création artistique et la recherche théorique sont menées ensemble, s’enrichissant mutuellement. Cette réflexion sur les relations entre écologie et art à travers le paysage suppose une approche transdisciplinaire et complexe (Morin). L’écologie et le paysage constituent en effet des pôles de recherche fédérateurs entre sciences de la nature et sciences humaines, que l’approche artistique ne peut qu’enrichir. Mes recherches s’étendent donc à différents domaines et disciplines : arts, paysage, écologie, géographie, anthropologie, philosophie, etc. L’expérimentation et l’application concrète des idées étudiées s’est faite à travers une pratique de terrain, dans le cadre d’une résidence artistique sur un site rural pendant deux ans.

© 2020 Anaïs Belchun. Si vous souhaitez utiliser des textes ou images présentés sur ce site, merci de me contacter.

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